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Hosta : quand le bois enjambe le périphérique

N° 223 novembre 2024-decembre 2024•Lecture 4 min
© © Hardel lebihan, © Elise Robagliadji, © Stora Enso

L’audacieux projet Hosta : un immeuble érigé au-dessus du périphérique parisien.

Avec l’entrée en vigueur de la RE2020, et une appétence de plus en plus forte de la maîtrise d’ouvrage pour les matériaux biosourcés, les projets de construction bois se multiplient dans la capitale. Alliant esthétique et technicité, ils constituent une vitrine des possibilités architecturales offertes par les bois massifs et d’ingénierie, à l’image de deux opérations actuellement en cours au nord et au sud de Paris. Reportage.

Lancé en 2016 dans le cadre du concours Inventons la Métropole du Grand Paris, le projet Hosta finit de sortir de terre au-dessus du périphérique parisien. Posé sur une dalle qui surplombe le tunnel de la porte de Brancion, dans le XVe arrondissement, cet immeuble de huit étages en structure bois avait pour ambition de reconnecter Vanves (92) à Paris. Un pari audacieux où le bois avait une carte à jouer pour développer un maximum de surface foncière grâce à sa légèreté. Ici, le matériau est présent sous toutes ses formes avec une façade en ossature bois, des planchers en CLT et une structure en lamellé-collé. Visible depuis le périphérique, le bâtiment actuellement en phase d’achèvement, accueillera dès 2025 un foyer pour jeunes travailleurs de 114 chambres, deux commerces en rez-de-chaussée et des espaces partagés. Si le chantier réalisé en corps d’état séparés (15 lots) s’est déroulé sans difficulté, certaines précautions ont dû être prises du fait de son emplacement stratégique, sur un nœud de circulation urbain, et de son accessibilité limitée. Ainsi, la préfabrication en atelier a été poussée à son maximum, à l’image des murs à ossature bois préassemblés et prééquipés en atelier pour réduire au minimum les nuisances et le temps d’intervention sur site, et assurer une meilleure gestion des déchets (seulement une benne par semaine) ; ou des échafaudages, montés au fur et à mesure de l’avancement du chantier. Les planchers en CLT, fournis par Stora Enso, ont été pour certains livrés par trains depuis l’Autriche pour restreindre l’empreinte carbone due au transport. L'ensemble des livraisons a été effectué en juste-à-temps pour ne pas encombrer cet espace contraint ni gêner le trafic.

Vue aérienne du chantier de l’immeuble Hosta, échafaudé, avec une grue, à la porte de Brancion, la tour Eiffel à l’horizon

Prouesse technique

Si Hosta est aujourd’hui le seul projet du concours Inventons la Métropole du Grand Paris à avoir vu le jour au-dessus du périphérique, c’est qu’il coche toutes les cases en matière d’acoustique, de gestion de la pollution, de descente de charge, de risque incendie ou de bilan carbone… En amont de la phase chantier, une longue période de conception d’environ trois ans a été nécessaire afin de lever les nombreux freins potentiels à la réalisation du bâtiment. Premier écueil à surmonter, la pollution à la sortie du tunnel de Brancion et la question de savoir si la construction d’un immeuble de 8 étages allait – ou non – aggraver le phénomène. Après plusieurs mois d’études avec des experts indépendants, il s’avère que l’effet Venturi provoqué par la présence de l’édifice divise par 1,5 la pollution en sortie de tunnel. Autre interrogation de taille : la gestion du bruit entre les voitures sur le périphérique et les voies des trains au départ et à l’arrivée de la gare Montparnasse ! Là encore, la géométrie de l’immeuble avec des logements plus étroits et des doubles fenêtres (bois à l’intérieur et aluminium à l’extérieur) permet d’atteindre des niveaux sonores raisonnables pour les futurs occupants. Concernant le poids de l’ensemble, implanté sur une dalle au-dessus d’un tunnel, de nombreuses études de descentes de charges ont été réalisées pour trouver la meilleure solution : un bâtiment doté d’un exosquelette en lamellé-collé et de planchers en CLT qui portent de la façade jusqu’au noyau central. Seules exceptions à cette architecture tout bois : la cage d’escalier, initialement prévue en bois, sera finalement créée en métal du fait de la doctrine bois des Sapeurs-Pompiers de Paris et, à l’extérieur, la façade en acier Corten rouillera dans le temps sans altérer les propriétés mécaniques de l’immeuble. Le tout complété par de larges ouvertures avec un taux de vitrage de 45 % qui laissera passer un maximum de lumière naturelle, tout en préservant un bon confort d’été et d’hiver.

Le bâtiment possède une structure en lamellé-collé et des planchers en CLT.

Cette opération hors normes, dont les travaux devraient s’achever d’ici la fin de l’année, se veut une vitrine parisienne de la construction bois grâce à un édifice exemplaire, conforme aux exigences de la RE2028, et réalisé à partir de bois certifiés PEFC sourcés à proximité de leur lieu de transformation.

Fiche chantier

Architecte : Hardel & Le Bihan

Promoteur : Woodeum

Gros œuvre : Aux Charpentiers de France

Volumes de bois mis en œuvre :

1 112 m3 de CLT

1 450 m² de murs à ossature bois équipés en usine

400 m3 de lamellé-collé

Fin des travaux : décembre 2024

Livraison : 1er trimestre 2025

Surface de plancher : 4 000 m²

Fournisseur bois : Stora Enso

Labels et certifications :

NF Habitat HQE

Label EFFINERGIE +

Certification E+C- niveau E2C2

Label BBCA Excellent

RE2020 conforme aux seuils 2028

GALERIE

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Article paru dans le N° 223 · novembre 2024-decembre 2024Voir le numéro

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