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Après un été marqué par des incendies d’une ampleur et d’une durée inédites, France Bois Forêt revient sur les conséquences de cette crise et sur les leviers à activer pour construire une forêt plus résiliente.
Les incendies de cet été 2026 traduisent un véritable changement d’échelle. Par leur intensité, leur durée et leur extension géographique, ils confirment que le risque incendie devient une donnée structurelle pour une part croissante de la forêt française. Des territoires jusqu’ici peu exposés sont désormais concernés et les saisons à risque s’allongent. Il faut donc intégrer pleinement le risque incendie à la stratégie d’adaptation des forêts, au même titre que les sécheresses, les dépérissements ou les crises sanitaires. En appelant à « replanter et rebâtir une forêt différente », le président de la République a ouvert un chantier essentiel : adapter la forêt aux conditions climatiques de demain tout en préservant ses fonctions environnementales, économiques et sociétales. Cela passe notamment par une défense renforcée des forêts contre les incendies : pare-feux plus grands et mieux entretenus, débroussaillement accru et simplification des obligations légales de débroussaillement (OLD). La prévention doit également s’appuyer sur l’aménagement du territoire et la sensibilisation. Mais rebâtir une forêt différente suppose surtout de faire des choix adaptés à chaque territoire. La recherche et la science doivent guider les choix sylvicoles, en tenant compte de la résilience des peuplements face aux sécheresses, ravageurs et maladies, tout en préservant les équilibres écologiques. Cette approche rejoint les orientations de la Stratégie nationale bas-carbone 3 (SNBC 3), qui fait de la restauration du puits de carbone forestier une condition de la neutralité carbone en 2050.
Quels sont les impacts économiques des incendies pour les propriétaires et la filière ?
Pour les propriétaires forestiers, l’impact est d’abord celui de la destruction d’un capital constitué sur plusieurs décennies. Des peuple ments patiemment gérés peuvent disparaître en quelques heures. À cette perte s’ajoutent des revenus immédiats en moins et le coût, dans la durée, de la remise en état des parcelles et du renouvellement des peuplements détruits
Pour les entreprises de la filière, l’enjeu est différent : elles doivent absorber un afflux brutal de bois à exploiter et à transformer dans des délais très contraints. Les difficultés logistiques et le risque de saturation des marchés rendent indispensable une organisation collective et rapide.
Nous devons donc valoriser au mieux les bois encore mobilisables, en mobilisant l’ensemble de la chaîne, de l’exploitation à la transformation. C’est un enjeu que nous avions déjà identifié dans notre scénario élaboré avec Carbone 4 : face aux crises, l’anticipation est essentielle pour éviter de les subir. À moyen terme, la priorité sera la reconstitution des massifs touchés et le maintien d’une ressource forestière pérenne. C’est une condition essentielle pour préserver l’activité économique et les emplois des territoires concernés.
Comment adapter la forêt française à la pression climatique ?
Sécheresses, dépérissements, incendies et crises sanitaires se succèdent et peuvent désormais se cumuler. Il n’existe pas de modèle unique pour la forêt de demain. L’évolution des essences, la diversification et le mélange des peuplements doivent être adaptés aux territoires, aux stations et aux niveaux de risque. Deux leviers sont complémentaires : la régénération naturelle lorsqu’elle est possible et que les essences restent adaptées aux conditions futures ; la plantation ou l’enrichissement lorsque le renouvellement ou l’adaptation des peuplements l’exigent. L’enjeu est de taille : le rapport Objectif Forêt estime qu’environ 10 % des surfaces forestières en France hexagonale nécessiteront une action volontaire de l’homme dans les dix prochaines années.
Produire, préserver et s’adapter : trois objectifs compatibles ?
Oui. Répondre aux besoins humains, protéger et régénérer le vivant et lutter contre le changement climatique ne sont pas antinomiques. Au contraire, il s’agit de la définition même de la gestion multifonctionnelle de la forêt.
La gestion forestière fait partie intégrante de la réponse au changement climatique. Gérer, renouveler et récolter permet d’adapter les peuplements aux conditions futures. Il faut donc mieux expliquer que la récolte de bois et la pérennité de la forêt ne sont pas contradictoires : elles participent d’une même dynamique d’adaptation.
Cette transformation a toutefois un coût. Le renouvellement forestier nécessite des financements pérennes que les propriétaires et la filière ne peuvent assumer seuls. La forêt rend à la société des services essentiels – stockage du carbone, biodiversité, protection des sols et du cycle de l’eau, diversité des paysages – qui justifient un engagement durable des pouvoirs publics et de la société.
À quoi ressemblera la forêt française en 2050 ?
Elle ne sera probablement plus celle que nous connaissons, à l’instar de la forêt du siècle dernier, qui n’occupait que la moitié de la surface d’aujourd’hui. Le changement climatique, les dépérissements et la succession des crises modifieront durablement les peuplements et la ressource disponible. Notre responsabilité est d’accompagner cette transformation par une gestion active, un renouvellement organisé et une adaptation raisonnée à chaque territoire.
Notre scénario de convergence, élaboré avec l’appui de Carbone 4, anticipait déjà la poursuite, voire l’aggravation, des crises climatiques et appelait à changer rapidement d’échelle dans l’adaptation.
Cette transformation devra aller de pair avec le développement des usages du bois, notamment les usages matière et à longue durée de vie, qui contribuent directement à la décarbonation de l’économie.
Les priorités sont désormais claires : pérenniser les moyens consacrés au renouvellement forestier, lever les freins à la gestion et à la mobilisation des bois, anticiper les bois de crise et leur gestion et poursuivre les investissements dans la transformation. Notre objectif : une forêt résiliente et multifonctionnelle en 2050, capable de produire durablement la ressource nécessaire à une économie décarbonée.